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 23-24/11/07 - Colloque patristique sur Saint Jean Chrysostome

 

Img_colloque_patristique_saint_je_2 Img_colloque_patristique_saint_je_3 A l’occasion du 1600e anniversaire du repos de Saint Jean Chrysostome, un colloque patristique s’est tenu à l’Institut de Théologie Orthodoxe Saint-Serge les 23 et 24 novembre 2007. Il s’est ouvert par le chant du tropaire et du kondakion du saint, après quoi le doyen, l’archimandrite Job (Getcha) a souhaité la bienvenue aux participants et a rappelé que ce colloque répondait à l’invitation faite par le patriarche œcuménique Bartholomée dans sa lettre à l’occasion de Noël l’an dernier d’organiser des célébrations pour marquer l’anniversaire du repos de ce Père de l’Eglise qui a profondément marqué tant l’Orient que l’Occident chrétien, et qu’il s’inscrivait à la suite d’une série de plusieurs autres colloques qui se sont tenus durant toute cette année, dont les colloques au Phanar en septembre dernier et à l’Augustinianum à Rome au début du mois de novembre. Il a également salué l’intérêt qu’ont porté à l’organisation de ce colloque de nombreux spécialistes de Chrysostome, dont plusieurs collaborateurs des Sources chrétiennes. Il a ensuite invité le protopresbytre Boris Bobrinskoy de lire le message reçu à cette occasion du patriarche œcuménique Bartholomée, adressé au doyen, qui saluait cette initiative de l’Institut Saint-Serge et qui implorait la grâce et l’amour pour les hommes du Seigneur ainsi que les prières du saint sur tous les enseignants et les étudiants de l’Institut Saint-Serge de même que sur les participants de ce colloque qui a été organisé en cinq sessions, chacune proposant une série de communications riches et variées. La première session était intitulée : "Autour de la vie de saint Jean Chrysostome". L’archimandrite Placide Deseille, higoumène du Monastère Saint-Antoine et professeur à l’Institut Saint-Serge a parlé de saint Jean Chrysostome et de la vie monastique. Il a souligné combien Chrysostome avait été profondément marqué par la Vie de saint Antoine le Grand composée par saint Athanase d’Alexandrie. Il a rappelé que pour Chrysostome, tout comme pour Athanase, le modèle d’Antoine comme prototype du moine était une preuve de l’incarnation et de la possibilité pour l’homme de déification, et de ce fait, un argument contre l’arianisme que tous deux ont ardemment combattu.

Img_colloque_patristique_saint_je_4 Img_colloque_patristique_saint_je_5 L’archiprêtre Nicolas Cernokrak, professeur de Nouveau Testament à l’Institut Saint-Serge, a parlé de saint Jean Chrysostome comme exégète. Il s’est penché sur l’exégèse chrysostomienne de Ep 3,22-23 où apparaît une réciprocité entre le Christ et l’Eglise, et de ce fait, entre la christologie et l’ecclésiologie. Il a ensuite montré la réception de cette exégèse par les Pères ultérieurs et les théologiens orthodoxes contemporains à la différence de la plupart des exégètes modernes. Enfin, M. Nicolas Kazarian, assistant en patrologie à l’Institut Saint-Serge, a présenté le Chrysostome de l’exil en montrant que pour ce dernier, l’exil apparaissait comme une œuvre pastorale par excellence, puisqu’il venait rappeler que rien ne peut nuire à l’homme s’il sait vivre selon ce que lui envoie la Providence divine. La deuxième session a été consacrée à Chrysostome comme prédicateur. L’archimandrite Job (Getcha) a présenté une communication intitulée "Un testament pour les prédicateurs : les IVe et Ve parties du traité sur le Sacerdoce de saint Jean Chrysostome". Il a montré que Chrysostome apparaît vraiment comme le père de l’homilétique chrétienne en christianisant la rhétorique et l’éloquence païenne à travers l’humilité et le désir de ne plaire qu’à Dieu seul qui doivent caractériser le prédicateur ecclésiastique.

Img_colloque_patristique_saint_je_6 Le frère François Cassingena de l’Abbaye de Ligugé et enseignant à l’Institut Supérieur de Liturgie (Institut Catholique de Paris) a parlé "du ministère et des instances de la consolation à travers les Homélies ‘Sur les Statues’ de Jean Chrysostome". En partant de l’événement de mars 387 à Antioche, lorsque les statues de l’empereur furent renversées, il a montré comment Chrysostome mettait en relation le découragement (athymia) avec le courage (euthymia) et rappelé les points fondamentaux de la théologie politique chrysostomienne.

Img_colloque_patristique_saint_je_9 Img_colloque_patristique_saint_je_8 Img_colloque_patristique_saint_je_7 La troisième session était intitulée : "Chrysostome et la liturgie". Frère Isaïa Gazzola, moine de l’Abbaye de Lérins et enseignant à l’Institut Supérieur de Liturgie (Institut Catholique de Paris) a présenté Jean Chrysostome comme témoin du développement et de la fixation de l’ordo liturgique de son Église à partir de la description du temps et des rites d’exorcismes, tels qu’ils apparaissent dans ses catéchèses baptismales. Par la même occasion, il a rendu hommage au Père Antoine Wenger, éditeur de la série des 8 catéchèses baptismales de Chrysostome dans les Sources chrétiennes (SC 50) dont cette année marque le cinquantenaire de parution. Le père Jacky Marsaux du Séminaire Saint-Sulpice et enseignant à l’Institut Catholique de Paris a parlé de l’eucharistie comme école de vie. Pour saint Jean Chrysostome, c’est par ce repas sacré que le Christ nous sauve et nous éduque. Le professeur André Lossky de l’Institut Saint-Serge est quant à lui intervenu sur le thème : "Il Se livra... : le caractère volontaire du sacrifice du Christ, d’après saint Jean Chrysostome". Il a attiré l’attention sur le fait que Chrysostome, dans le texte de son anaphore eucharistique, a transformé la voix passive du passage de 1 Co 11,22 en voix active, voulant souligner par là le caractère volontaire du sacrifice du Christ, sans doute dans une perspective anti-arienne. Au "se livra" chrysostomien aurait été ajouté par la suite dans la traduction manuscrite l’expression "la nuit où il fut livré" par soucis de fidélité au texte biblique.

Img_colloque_patristique_saint_j_11 Img_colloque_patristique_saint_j_10 La quatrième session fut consacrée à des thèmes chrysostomiens. M. Cyrille Crépey de l’Université Marc Bloch à Strasbourg a présenté l’exégèse chrysostomienne du "Faisons" de Gn 1, 26 à la lumière de l’exégèse patristique antérieure. Chrysostome s’y démarque de l’exégèse juive, encore attestée par Philon, selon laquelle Dieu aurait façonné l’homme par l’intermédiaire des anges, et combat de cette manière la thèse arienne selon laquelle le Fils était inférieur au Père. M. Jean Colosimo, enseignant la patrologie à l’Institut Saint-Serge, a présenté une communication intitulée : "Retour sur la question de l’antijudaïsme". Ayant bien distingué l’antisémitisme politique de l’antijudaïsme théologique, il a souligné que les formules antijudaïques chrystomiennes étaient directement empruntées à la littérature prophétique juive et qu’elles étaient à l’origine adressées à des chrétiens judaïsants dans le milieu antiochien.

Img_colloque_patristique_saint_j_13 Img_colloque_patristique_saint_j_12 Mme Francesca Barone de l’Institut de recherches sur l’histoire des textes à Paris a parlé de la patience chez Jean Chrysostome. Elle a montré les difficultés de traduire la notion de patience dans le corpus chrysostomien où elle désigne d’une part la maîtrise de la colère et d’autre part la patience dans les épreuves. Ainsi, la patience en tant que vertu qui s’oppose à l’arrogance, la vengeance et la violence est à distinguer de la patience qui caractérisa Job, les trois adolescents dans la fournaise de Babylone ou encore les martyrs de l’Eglise. M. Goran Sekulovski, assistant en patrologie à l’Institut Saint-Serge, est intervenu sur la compréhensibilité de Dieu chez saint Jean Chrysostome. Il a rappelé, à la suite de G. Florovsky, que si Chrysostome n’était pas un théologien spéculatif, il était encore moins un moraliste adogmatique. La thèse théologique chrysostomienne fondamentale, énoncée contre la prétention anoméenne, est que connaître véritablement Dieu, c’est accepter ce qu’on ignore de lui et comprendre qu’Il demeure incompréhensible.

Img_colloque_patristique_saint_j_15 Img_colloque_patristique_saint_j_14 Enfin, la cinquième session regroupait trois exposés sur la postérité de saint Jean Chrysostome. M. Guillaume Bady, de l’Institut des Sources Chrétiennes à Lyon et enseignant à l’Institut Catholique de Paris, a tenté de répondre à la question : "Comment la tradition manuscrite a-t-elle transformé les œuvres de saint Jean Chrysostome". Son remarquable exposé méthodologique a évoqué les difficultés rencontrées lors de l’établissement des éditions critiques de Chrysostome, un auteur qui se préoccupait peu de la transmission de son œuvre. Dès lors, il semblerait que dès le départ plusieurs versions de notes sténographiques auraient circulé et, par ailleurs, les séries de textes ainsi constituées auraient souvent été remaniées par les copistes. Dès lors, Chrysostome ne fait plus qu’un, dans la tradition manuscrite et les nombreuses éditions qui en découlent, avec la transmission et la réception de son œuvre. M. Pierre Augustin de l’Institut de recherches sur l’histoire des textes à Paris a illustré ce probème en présentant la constitution d’un corpus chrysostomien à Venise vers le milieu du 16e siècle. Ce corpus n’aurait vraisemblablement jamais existé sous une même reluire, chacune de ses parties ayant circulé indépendamment pour servir de bases à plusieurs recueils factices.

Img_colloque_patristique_saint_j_17 Img_colloque_patristique_saint_j_16 Pour terminer, Mme Marie-Hélène Congourdeau, chercheur au CNRS et maître de conférences à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes à Paris a parlé de Nicolas Cabasilas en tant que lecteur de Jean Chrysostome. En effet, Cabasilas le nomme et le cite explicitement dans trois de ses ouvrages (dans le traité contre les autorités, l’explication de la Divine Liturgie et la Vie en Christ). Il y a donc une véritable fraternité spirituelle entre l’éminent théologien byzantin et Chrysostome, le premier ayant trouvé chez ce dernier quelque chose qui répondait à son idéal : le christocentrisme, l’universalité du salut et le fondement de la vie chrétienne dans les mystères de l’Eglise. La cinquantaine de participants à ce colloque, parmi lesquels on remarquait un grand nombre d’éminents spécialistes en patristique, tels Mme Monique Alexandre, professeur honoraire à l’Université de Paris-Sorbonne (Paris IV), et Mme Gilberte Astruc, a pu apprécier la richesse et le très haut niveau des communications qui feront l’objet d’une publication dans les mois à venir à l’Institut Saint-Serge.

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