L’ITO Saint-Serge présent au 18e Congrès orthodoxe réuni à Mesnières-en-Bray du 30 avril au 3 mai 2026

Du 30 avril au 3 mai 2026, l’Institut Saint-Serge a été représenté lors du 18e congrès orthodoxe en Europe occidentale réuni au château de Mesnières-en-Bray (Seine-Maritime). Placé sous l’égide de l’Assemblée des évêques orthodoxes en France (AEOF) et organisé par la Fraternité orthodoxe en Europe occidentale, ce congrès a permis à près de 300 participants de se rassembler pour trois jours de réflexion et de prière. Issus de différentes régions de France, mais aussi d’Allemagne, Belgique, Espagne, des États-Unis, de Géorgie, Lituanie, Pologne, du Royaume Uni, de Suisse et d’Ukraine, les congressistes ont réfléchi, à travers des conférences et des ateliers sur le thème général « “Ne crains pas, crois seulement !” Espérer dans un monde en crise. » L’Institut était représenté par plusieurs de ses étudiants, qui tenaient un stand d’informations sur les études de théologie à Saint-Serge, mais aussi par Michel Stavrou, doyen de l’ITO, M. Christophe Levalois, président du Conseil d’Administration, et quelques enseignants. En outre l’exposition du centenaire de l’ITO Saint-Serge avec ses 25 panneaux avait été installée dans la grande salle de réunion des congressistes.

Lors de la Liturgie du Dimanche du Paralytique (3 mai), l’homélie a été prononcée par Mme Sophie Clément Stavrou, maître de conférence agrégée de grec à l’Institut Saint-Serge. Nous reproduisons ci-dessous son contenu.

Le Christ est ressuscité !

Chers frères et sœurs en Christ, alors que nous sommes arrivés presque à mi-chemin entre Pâques et la Pentecôte, l’évangile que nous venons d’entendre nous l’affirme : croire en Christ, c’est guérir, se relever et témoigner.

Dans le chapitre 5 de l’Évangile de Jean, au milieu de cette foule de malades qui se pressent autour de la piscine de Bethesda, Jésus va à la rencontre d’un homme dont nous ne savons rien si ce n’est qu’il est malade, de façon très générale. Il est appelé « infirme », ce qui est à comprendre au sens littéral, comme faible physiquement, faible de corps. Mais cet homme a foi en sa guérison. Malade, affaibli, seul, totalement démuni et sans aucune maîtrise apparente de lui-même, il attend pourtant depuis 38 ans. Il espère rencontrer celui qui lui apportera la guérison ; il espère contre tout bon sens. Mais en s’abandonnant à son espérance, il ne subit plus sa vie, il lui découvre un sens, il s’ouvre à la rencontre du Sauveur.

C’est lui précisément que le Christ va trouver. Si l’on y prête bien attention, le Christ commence par lui poser une question fondamentale et existentielle : « veux-tu être en bonne santé ? » Jésus a pour dessein que cet homme exprime un désir de vie, une disponibilité offerte au salut. La guérison ne peut advenir sans l’acquiescement du malade.

De même que cet infirme, nous avons tous, chers frères et sœurs, nos faiblesses, nos infirmités de corps, et surtout d’âme et de cœur. A nous aussi, le Christ demande si nous avons gardé cette disponibilité intérieure, si nous avons le désir, même infime, de guérir.

La réponse de l’infirme à Jésus mérite également notre attention. Il ne répond pas directement à la question, mais se plaint d’être abandonné de tous et de ne pas pouvoir être guéri car, chaque fois que l’ange de Dieu fait bouillonner l’eau de la piscine, c’est la foire d’empoigne ! Il n’a pas le temps de bouger son corps infirme que déjà quelqu’un d’autre passe avant lui. Sous ces cinq portiques, la foule devait être dense, mais chacun y était seul : c’était une lutte sans merci pour être le premier. Voilà une image de notre monde. Si on lit bien le texte grec, le paralytique ne dit pas : « je n’ai personne pour me plonger dans la piscine », mais : « Je n’ai pas d’homme (anthropos) », pas d’être humain pour me venir en aide. Depuis 38 ans, il n’a jamais rencontré un être humain qui fasse attention à lui ! On ne peut s’empêcher de penser à Diogène, ce philosophe cynique, qui sillonnait l’agora d’Athènes remplie de monde, tenant une lampe en plein jour et disant : « Je cherche un homme ». Mais voici venir l’être humain, répondant à la fois à la quête de vérité, de guérison et d’accomplissement exprimée tant à Athènes qu’à Jérusalem : c’est le Christ, le nouvel Adam, comme dit saint Paul, le Fils de Dieu qui a guéri notre humanité en l’assumant, celui à propos de qui Pilate, le gouverneur romain, prophétisera de manière involontaire en déclarant : « Voici l’homme ! » (Jn 19,5).

Jésus guérit le paralytique en lui disant simplement : « Lève-toi ! », littéralement « réveille-toi ! », « sors de ta torpeur ! », ce qui peut signifier également « reprends vie ! ». Et il ajoute : « prends ton grabat et marche ! » c’est-à-dire « retrouve ta capacité et ta liberté d’agir ! » Désormais l’homme n’est plus appelé « l’infirme », mais « le guéri ». De même, dans le Livre des Actes, Pierre dit à un autre paralytique dénommé Énée cette parole performative : « Énée, Jésus-Christ te guérit. Relève-toi et fais toi-même ton lit ! » Il l’appelle par son nom en lui disant : « relève-toi », le fait reprendre vie. Nous voyons très concrètement Énée sortir de son lit de malade, préfiguration du lit mortuaire, et le refermer, signe qu’il est désormais pleinement vivant. Ici remarquons qu’en grec ces deux verbes, « se réveiller d’une torpeur mortifère », ou « se relever d’une maladie », ont tous deux pour second sens « ressusciter ».

Toutefois, le récit évangélique ne s’achève pas par la guérison du paralytique. Pour être pleinement vivant et humain, il reste au malade à reconnaître celui qui l’a soigné et à témoigner désormais de cette grâce qu’il a reçue. Le passage s’achève donc par cette proclamation publique : « Jésus a fait de moi un homme en bonne santé ». Comme l’ont fait le possédé au pays des Géraséniens, ou la Samaritaine rencontrée au puits de Jacob, ou comme le feront les Apôtres témoins de la Résurrection et tous les frères et sœurs des premières communautés de croyants. Tous annoncent et propagent dans la joie la Bonne Nouvelle que l’Humanité est guérie en Christ et par le Christ. Nous aussi nous sommes appelés à notre tour, à témoigner et faire rayonner cette Bonne Nouvelle du Christ ressuscité, qui nous guérit.

Chacun et chacune, nous avons nos infirmités, nos faiblesses, nos maladies, mais nous sommes aussi les témoins de la résurrection du Christ à chaque Pâque et à chaque Eucharistie. C’est à partir de cette expérience du Christ dans nos vies que nous pouvons retisser les liens fraternels qui font la communauté ecclésiale – et au-delà même la fraternité humaine. Cette fraternité s’étend au-delà des murs de nos églises, elle accueille celles et ceux qui ont rencontré le Christ, parfois sur des chemins de traverse, mais aussi tous ceux qui attendent de guérir et même ceux qui croient n’avoir rien à attendre, car le message de l’Évangile est offert à tous. Amen.