Message pascal du doyen de l’Institut Saint-Serge
Chers étudiants, chers amis de l’Institut,
Au cœur d’un monde en proie au désarroi, l’Église nous invite à célébrer une nouvelle fois la fête de Pâques. Quatre années se sont déjà écoulées depuis le déclenchement de la cruelle guerre russo-ukrainienne, au lendemain duquel le Conseil des enseignants a instauré, au sein de l’Institut, une prière hebdomadaire pour la paix chaque mercredi soir, retransmise depuis l’église Saint-Serge par vidéoconférence. Depuis lors, nous sommes entrés encore plus dans ce monde de demain, souvent qualifié de « multipolaire », mais dont les équilibres apparaissent de plus en plus fragiles et incertains. Désormais, notre prière ne se limite plus à l’Ukraine : elle s’étend aussi au Proche-Orient – notamment au Liban souffrant – et au Moyen-Orient, vastes régions où la Tradition ecclésiale orthodoxe est présente depuis de nombreux siècles, mais où les empires et les nations n’ont cessé de chercher à imposer leur puissance selon des logiques implacables.
Pourtant, une autre vision des relations humaines demeure possible : celle que le Christ ressuscité a léguée à ses disciples. C’est bien la visée des études proposées par notre Institut : nous éveiller, par une fréquentation assidue de la Tradition des Écritures et des Pères, au message de vie de l’Évangile. Les Pères dans la foi nous appellent à fuir la haine et les passions et à nous tourner vers le Sauveur ; leurs écrits nous introduisent plus profondément dans le mystère de la Pâque du Christ.
Comme l’écrit saint Éphrem le Syrien (ive s.) : « Aujourd’hui s’avance la Croix et les enfers sont ébranlés. Les mains de Jésus sont fixées par des clous, et les liens qui attachaient les morts sont déliés. Aujourd’hui le sang qui ruisselle de la Croix fait germer la vie dans les enfers. Dans une grande douceur Jésus est conduit à la Passion, bénissant ses douleurs à toute heure. »
La Passion du Seigneur manifeste l’amour de Dieu pour l’humanité, une humanité malade et mortelle qui, tombée dans la corruption, a été secrètement renouvelée et transfigurée par la mort-résurrection de Celui qui a bien voulu l’assumer.
Sur l’icône symbolique de la Descente du Christ aux enfers nous voyons le Sauveur resplendissant de lumière avant même sa résurrection corporelle fouler aux pieds les portes brisées des enfers et tirer par les poignets Adam et Ève pour les relever.
Saint Grégoire de Nysse a résumé dans son Discours catéchétique la portée salvifique de cet événement du Grand Samedi : « Comme il fallait rappeler de la mort à la vie notre nature tout entière, Dieu, s’étant penché sur notre cadavre, nous tend la main, à nous qui gisons là, et Il s’approche de la mort au point de toucher l’état de cadavre et de donner à notre nature, au moyen de son propre corps, le principe de la résurrection. »
Face au mal toujours à l’œuvre jusqu’au dernier jour, le Christ ressuscité se rend secrètement présent du côté des « plus petits de ses frères » (Mt 25,40), c’est-à-dire des humbles, des doux et des souffrants. Et dans la grâce de l’Esprit Saint, les épreuves peuvent être intériorisées autrement. Comme le souligne Olivier Clément : « Depuis Pâques – et c’est toujours Pâques – le sens, la vie nous viennent aussi par la mort et toutes les situations de mort de notre existence si, par une humble confiance, nous les identifions aux plaies vivifiantes du Christ. »
Pour que notre théologie soit vivante, veillons à demeurer fidèles à notre vocation d’être des témoins joyeux et infatigables du donateur de la Vie éternelle.
Chers amis, le Christ est ressuscité !
Michel Stavrou
Doyen de l’ITO Saint-Serge
